Une réapparition de la vie rapide au point d’impact de l’astéroïde qui aurait achevé les dinosaures
Il y a environ 66 millions d’années, à la fin du Crétacé, un astéroïde est entré en collision avec la Terre, mettant fin au règne des dinosaures et éradiquant 76% des espèces. Tandis que l’astéroïde tueur a engendré la disparition de nombreux organismes vivants, il n’a fallu que quelques années pour que la vie marine réapparaisse dans le cratère de Chicxulub généré au point d’impact, et 30 000 ans pour qu’un écosystème foisonnant s’y développe. Ce retour à la vie s’est fait bien plus rapidement qu’en d’autres points de la planète. Ce sont les résultats de l’étude récemment publiée dans la revue Nature par une équipe internationale de scientifiques dont plusieurs chercheurs français.
Les scientifiques ont été surpris par cette découverte qui remet en question la théorie selon laquelle le retour à la vie marine « normale » se ferait plus lentement à proximité du point d’impact en raison de contaminations environnementales (par exemple par des métaux toxiques relâchés lors de l’impact). Ces observations suggèrent que le repeuplement a été influencé essentiellement par des facteurs locaux, une découverte qui pourrait avoir des implications sur notre capacité à prédire le temps de résilience des environnements modernes perturbés par la pollution ou le changement climatique.
La vie serait ainsi revenue dans le cratère dès les 2 ou 3 années qui suivirent l’impact, ce qui est extrêmement rapide. Ces preuves de vie ont été retrouvées dans des carottes de roches extraites du cratère et se présentent essentiellement sous la forme de microfossiles (des restes d’organismes unicellulaires tels que des algues et du plancton) et de terriers creusés par des organises de plus grandes tailles (crevettes, vers marins). Les microfossiles sont des preuves solides que des organismes ont peuplé le cratère mais aussi de l’habitabilité de celui-ci peu de temps après sa création. Environ 30 000 ans, après l’impact, un écosystème prospère existait. Des blooms de phytoplancton (plantes microscopiques) nourrissaient une communauté variée de microorganismes vivants dans les eaux de surfaces et sur le fond marin. En Atlantique Nord ou en d’autres points du Golfe du Mexique, 300 000 ans, soit 10 fois plus de temps, ont été nécessaires pour que ces zones soient repeuplées de manière similaire.
La carotte de roche contenant les preuves de ce retour de la vie rapide a été extraite du cratère de Chicxulub en 2016, lors d’une mission de forage scientifique réalisée dans le cadre des programmes internationaux IODP
Les premiers résultats publiés en 2016 dans la revue Science du 18 Novembre 2016
Un retour à la vie relativement rapide dans le cratère de Chicxulub suggère que tandis que l’astéroïde a engendré une extinction en masse, il n’a pas empêché le retour à la vie. Les scientifiques pensent que ce sont principalement des facteurs locaux tels que la circulation de masses d’eaux et l’interaction entre les organismes et les niches écologiques disponibles qui ont fortement influencé la vitesse de récupération de ces écosystèmes particuliers. Bien que la vie soit revenue rapidement dans le cratère, l’écosystème après l’impact été profondément différent de celui qui existait avant l’impact. Les quelques espèces qui ont survécu à l’extinction en masse se sont adaptées à de nouveaux habitats désormais vacants en évoluant en de nouvelles espèces qui étaient plus adaptées aux nouvelles conditions environnementales dans cet océan « post-extinction ». Cette découverte suggère que suite à une extinction en masse, la récupération d’un écosystème est un processus imprédictible, à la fois dans le temps et dans la composition des espèces.
Pour en savoir plus
Sources
Lowery C., Bralower T., Owens J.D., Rodiguez-Tovar F.J., Jones H., Smit J., Whalen M.T., P. Claeys, Farley K., Sean P., Morgan J., Gulick S., T. Green S., Chenot, G. Christeson, C. Cockell, G. S. Collins, M. J. L. Coolen, L. Ferrière, C. Gebhardt, K. Goto, H. Jones, D. A. Kring, E. Le Ber, Lofi J., X. Long, C. Lowery, C. Mellett, R. Ocampo-Torres, G.R. Osinski, L. Perez-Cruz, A. Pickersgill, M. Pölchau, A. Rae, C. Rasmussen, M. Rebolledo-Vieyra, U. Riller, H. Sato, D. R. Schmitt, J. Smit, S. Tikoo, N. Tomioka, J. Urrutia-Fucugauchi, M. Whalen, A. Wittmann, K. Yamaguchi, W. Zylberman. Rapid Recovery of Life At Ground Zero of the End Cretaceous Mass Extinction. Nature, 30 mai 2018, DOI:10.1038/s41586-018-0163-6