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Culture de l’Olivier sur l’île de Pantelleria. Adaptation à la sécheresse et au climat venteux© Nathalie Combourieu-Nebout

Pollen et sécheresse en Méditerranée : vers un réseau de surveillance

Explorations

Les modèles climatiques du GIEC1 prédisent une augmentation de la sécheresse en Méditerranée avec pour conséquence un impact majeur sur les écosystèmes comme sur les sociétés. La région méditerranéenne est considérée comme un hot-spot de biodiversité, hautement sensible au changement climatique. Son climat présente des caractéristiques particulières avec sa saison sèche et chaude pendant 2 à 8 mois et ses hivers doux, les précipitations intervenant aux intersaisons et en hiver. La végétation méditerranéenne est composée d’une mosaïque de types de végétation qui constitue la forêt méditerranéenne et ses dérivés dégradés comme la garrigue, ou le maquis. Elle réunit, selon les régions et les altitudes, différentes espèces emblématiques : des arbres tels que le chêne vert, le chêne liège, le pin et l’olivier dont l’extension géographique a longtemps été choisie pour définir l’aire du climat méditerranéen, ainsi que des arbustes ou buissons tels que le pistachier, la bruyère arborescente, l’arbousier, la filaire ou la lavande. Au cours de son histoire, la forêt méditerranéenne s’est modifiée sous l’effet de sécheresses de plus en plus fréquentes, de plus en plus longues et intenses, mais aussi de sa transformation par l’homme. Son observation doit s’intensifier afin d’évaluer précisément la réponse de ces socio-écosystèmes et la modéliser pour mener une politique de gestion durable.

Les changements de végétation, et plus particulièrement de la production pollinique, dépendent principalement de la température et des précipitations (saisonnières et annuelles). La palynologie (étude des grains de pollen) fournit une image de la végétation d’un site à un moment donné, les grains de pollen étant caractéristiques d’une famille, d’un genre voire d’une espèce de plante. Le changement climatique induit des modifications de la végétation qui se traduisent par des variations de composition de la pluie pollinique émise par celle-ci.

Dans le cadre d’une collaboration au sein de MISTRALS, entre les programmes PaleoMex et BiodivMex, et du réseau Polarise, des suivis polliniques mensuels et annuels ont donc été mis en place sur des sites observatoires et/ou Natura 2000 de plusieurs pays méditerranéens pour analyser la réponse de la végétation méditerranéenne, et en particulier celle de ses éléments emblématiques tels que le chêne vert, l’olivier ou la vigne (sauvage ou cultivée)2.  Les grains de pollen sont collectés dans des pièges à pollen et analysés pour détecter les changements de la composition de la pluie pollinique en fonction des paramètres environnementaux, en particulier de la sécheresse. En parallèle, la composition de la pluie pollinique passée est analysée sur plusieurs sites pour tenter de mettre en évidence des marqueurs de la résistance, de la dégradation ou de la résilience de certaines espèces qui pourraient servir indicateurs d’alerte. Les grains de pollen sont, dans ce cas, étudiés dans des sédiments prélevés lors de carottages, marins ou lacustres, puis comptés afin de repérer des périodes clé de son histoire. Ainsi la palynologie a révélé la presque totale disparition la forêt méditerranéenne lors d’épisodes très secs du passé. Les données en cours d’acquisition permettront de documenter et d’interpréter l’évolution de la biodiversité face à la sécheresse (trajectoires, points de ruptures, etc…) au cours des derniers siècles à millénaires.

  • 1. Groupe d'Experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat
  • 2. IRN CNRS « Polarise »

Auteures et auteurs

Nathalie Combourieu-Nebout, Odile Peyron, Marie-Alexandrine Sicre (PaleoMeX), Yildiz Aumeeruddy-Thomas, Virginie Baldy (Biodivmex)

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Culture de l’Olivier sur l’île de Pantelleria. Adaptation à la sécheresse et au climat venteux. © Nathalie Combourieu-Nebout