L’amplification arctique rend-elle vraiment les conditions météorologiques plus persistantes ?

Résultat scientifique Océan Atmosphère

L’Arctique se réchauffant plus rapidement que les latitudes moyennes, la différence de température entre ces régions se réduit. Les scientifiques ont émis l’hypothèse que, dans ces conditions dites d’amplification arctique, le courant-jet devait diminuer en intensité et ses méandres se déplacer plus lentement vers l’est, avec pour conséquence des conditions météorologiques plus persistantes, voire extrêmes. Cependant, la persistance des conditions météorologiques pouvant varier considérablement pendant une saison et d’une saison à l’autre, l’évaluation des changements à long terme et donc de cette hypothèse n’est pas simple.

Pour résoudre ce problème, des chercheurs du Laboratoire de météorologie dynamique1 ont développé un « compteur de vitesse météorologique » basé sur une analyse spectrale. Ce compteur leur a permis de quantifier les déplacements des méandres du courant-jet au-dessus des latitudes moyennes de l’hémisphère nord durant les 40 dernières années (entre mars 1979 et novembre 2018) et ainsi de déterminer si, chaque jour, les méandres se propageaient en moyenne vers l’est, stagnaient ou même reculaient vers l’ouest.

Les chercheurs confirment que les périodes de faible vitesse du courant-jet sont liées aux températures extrêmes au-dessus des latitudes moyennes nordiques. Ils estiment cependant qu’il n’y a pas eu de diminution globale de la propagation de ses méandres, malgré la réduction significative de la différence méridionale de température observée au cours des dernières décennies. L'amplification arctique n'aurait donc pas joué un rôle décisif dans la modulation des ondulations du courant-jet au cours des dernières décennies Ces résultats suggèrent la nécessité d’une meilleure compréhension des facteurs qui déterminent la persistance des conditions météorologiques et rappellent que l’attribution des conditions météorologiques extrêmes récentes à une stagnation accrue des méandres du courant-jet doit être faite avec prudence.

Illustration scientifique
Valeurs quotidiennes de la vitesse de phase des ondes de Rossby sur les latitudes moyennes de l'hémisphère nord pendant les dernières décennies. Cette grandeur mesure la persistance des conditions météorologiques : les valeurs élevées sont associées à des tempêtes se déplaçant rapidement et les valeurs faibles à des dépressions stationnaires et des anticyclones. Les moyennes saisonnières (points bleus pour les hivers, rouges pour les étés) montrent une assez grande variabilité interannuelle mais pas de tendance significative (lignes bleue et rouge).

 

  • 1. LMD/IPSL, CNRS / École Polytechnique / Sorbonne Université / ENS Paris / École des ponts ParisTech

En savoir plus

On the Linkage Between Rossby Wave Phase Speed, Atmospheric Blocking, and Arctic Amplification, Jacopo Riboldi, François Lott, Fabio D'Andrea, Gwendal Rivière, Geophysical Research Letters, Volume 47, Issue 19. https://doi.org/10.1029/2020GL087796

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